Avishai Cohen Trio - From Darkness

Avishai Cohen - Photo : Bernard Rié
Avishai Cohen - Photo : Bernard Rié
  • jeudi 8 juin 2017, à 20 h 30    
  • À Orléans (Théâtre d'Orléans - Salle Touchard)
  • Avec :

    Avishai Cohen, contrebasse, vocal
    Omri Mor, piano
    Itamar Doari, percussion

  • Tarif A (25€, 12€ ou 6€)
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Aussi audacieux soit-il, tout explorateur use d’une boussole, d’un compas ou d’une étoile pour accompagner sa marche vers l’inconnu. Quand on lui demande ainsi quel est son instrument de navigation privilégié, celui qui lui permet à la fois de se repérer et d’avancer, Avishai Cohen, dont la réputation de musicien aventurier n’est plus à faire, répond sans hésiter : il s’agit de son Trio contrebasse-piano-batterie. Un outil de travail indémodable et évolutif qui, depuis plus de quinze ans maintenant, lui sert tout autant de guide que de ligne d’horizon, de socle fondateur que de force motrice ; si bien qu’il n’a jamais jugé pertinent de s’en éloigner, et encore moins de s’en séparer.

Avec From Darkness, Avishai Cohen revient donc au coeur même de ce qui articule son langage et sa pratique de musicien. Mais comme toujours avec lui, ce qui semble relever d’un retour aux fondamentaux porte surtout la promesse d’un départ : si le compositeur et contrebassiste israélien ressaisit le bagage de l’expérience, c’est pour mieux prendre le large et partir à la conquête de terres vierges. Et c’est ainsi que, dans le parcours ambitieux qui est le sien, Avishai Cohen ouvre encore avec From Darkness une brèche significative vers une nouvelle dimension créative et expressive. “J’ai senti que c’était le moment d’enregistrer en trio, car c’est la première fois depuis Gently Disturbed que, dans cette configuration, j’ai autant eu le sentiment d’aboutir à une forme vraiment neuve, fraîche et incroyablement substantielle.” Pour définir la beauté de cette association, Avishai Cohen a ces mots simples et forts : “Avec ce Trio, il y a une forme immédiate d’égalité entre les musiciens. Ici, trois ne fait plus qu’un”.

Médusant ceux qui ont eu la chance de la voir à l’oeuvre sur scène, cette cohésion humaine et sonore s’appuie sur une vertu aussi rare que naturelle, portée au faîte de son intensité : l’écoute mutuelle, cette science de l’âme et du coeur qui préside à la destinée des musiques authentiquement libres. Avec une puissance et une densité qui évoquent le jaillissement d’une source, Beyond, le titre d’ouverture de From Darkness, synthétise ainsi en deux minutes tout ce qui forge la grandeur de l’album : cet art d’habiter à trois l’espace et le temps, de faire vibrer en sympathie les cordes intimes de chacun, et de fondre les éclats d’une imagination sans limites dans le creuset d’une juste et indéfectible bonne intelligence.  Le titre de cet opus l’annonce en effet clairement : From Darkness est tout sauf une plongée dans les ténèbres : il trace au contraire un chemin qui s’en extrait pour prendre de la hauteur et gagner la lumière. Qu’il rende hommage à un ami réchappé de justesse d’une agression à l’arme à feu (Abie, dédié au conguero new-yorkais Abie Rodriguez) ou qu’il évoque la perte douloureuse d’un enfant (Ballad for an Unborn), son contenu dessine un vertigineux tourbillon ascensionnel qui, en fin de programme, trouve sa pleine et lumineuse résolution avec une relecture gorgée de tendresse de Smile.

Avec ce standard de Charlie Chaplin, l’Avishai Cohen Trio achève de transformer From Darkness en une expérience qui, jusque dans ses moments de rage et ses déchaînements d’émotion, porte et élève l’auditeur comme les musiciens, les tire irrésistiblement vers le haut. “Je suis heureux qu’on puisse dire de ce disque qu’il soulève ceux qui l’écoutent : s’il y a un effet que j’aime moi-même éprouver lorsque je joue, c’est bien celui-là. À mes yeux, il constitue l’essence même de la musique, un but que je m’efforce toujours d’atteindre… Je suis convaincu que la vie n’est facile pour personne : elle est excitante, formidable, mais parfois aussi déprimante, à peine supportable… Dans les trajectoires qui sont les nôtres, la musique peut être une forme de salut. C’est en tout cas ce qu’elle a toujours représenté pour moi.” Dans sa chanson Anthem, Leonard Cohen a écrit ces lignes pénétrantes : “There is a crack in everything / That’s how the light gets in” (“Il y a une fissure en toute chose / C’est ainsi qu’entre la lumière”). C’est à travers ces majestueuses fêlures, creusées dans la matière même du vivant et de la musique, que From Darkness laisse irradier la lumière d’un art qui, plus que jamais, peut légitimement se targuer d’atteindre à la vérité même de l’âme humaine.